L’Atlas des Femmes, Joni Seager

Par Léonie GONON

« Mon ambition est que cet atlas pose autant de questions qu’il apporte de réponses ».
Joni Seager, 2019

En Novembre 2019, parait en français chez Robert Lafont la cinquième version de l’Atlas des Femmes. Publié pour la première fois en 1986, The Women’s Atlas est une compilation de données sur la condition féminine à travers le monde. Son autrice, Joni Seager est une géographe féministe experte en géopolitique, professeure d’études mondiales à l’université Bentley de Boston et consultante auprès des Nations Unies en matière de genre et de politique environnementale.

Portrait de Joni Seager (https://myriadeditions.com/creator/joni-seager/)%5D

Depuis sa première parution, ce livre révolutionnaire a changé les façons de penser, et de visualiser les données sur les femmes et le genre dans le monde. Sur 200 pages, L’Atlas des Femmes illustre la situation des femmes dans le monde à travers des cartes sur l’égalité, la maternité, la beauté, la violence, les droits des lesbiennes, et bien d’autres. Il s’organise plus précisément autour de l’exploration de neuf thématiques :

  • Les femmes dans le monde
  • Maintenir les femmes à leur place
  • Reproduction
  • Politiques du corps
  • Santé
  • Travail
  • Éducation et connectivité
  • Propriété et pauvreté
  • Pouvoir
Feuilletage virtuel de The Women’s Atlas

L’Atlas des Femmes, un ouvrage militant

« Ceci est plus qu’un atlas qui parle des femmes, c’est un atlas féministe. »
Joni Sealer, 2019

Joni Seager est une des figures de la « géographie féministe ». Ce courant est défini par l’universitaire dans une interview du journal suisse Le Temps comme « l’observation des interactions des gens avec leur environnement (social, naturel) pour tenter de comprendre pourquoi elles diffèrent en fonction de leur genre ». Militante de la première heure, Joni Seager choisit de cartographier dans ce livre la vie et les expériences des femmes dans le monde.

L’Atlas des Femmes a été initié suite au constat du manque de représentation des femmes et du féminisme dans le milieu universitaire : « Je suis venue à l’Université Clark pour mon travail de doctorat à la fin des années 1970, […] Il n’y avait qu’une seule femme membre du corps enseignant à temps plein à l’époque, et elle n’était pas intéressée par le féminisme.» dit l’autrice dans la revue Medium. La réception de cet atlas précurseur est alors nuancée.  S’il n’est pas nettement rejeté par la communauté scientifique son intérêt est cependant longtemps remis en question.

« We would tell people, “We’re doing an atlas on women.” And they would look kind of blank, and they’d say, “Uh, but what would you put in it ?” They just couldn’t imagine how you could map anything on women. »
« Nous disions aux gens : « Nous faisons un atlas sur les femmes. » Et affichant un air interloqué, ils disaient : « Euh, mais que mettriez-vous dedans ? » Ils ne pouvaient tout simplement pas imaginer comment nous pouvions cartographier quoi que ce soit sur les femmes. »

Joni Sealer, 2020

Depuis, le livre est un atlas incontournable pour les militantes et militant féministes mais également pour les amateurs de cartographie et de datavisualisation.

L’Atlas des Femmes, la question de la visualisation des données

Comme l’indique l’autrice dans son introduction, les données qui incluent des informations sur le sexe, et les expériences de genre restent gravement sous-collectées. Mais là où elles existent, elles nous permettent de regarder plus précisément et avec plus de réalisme la vie des femmes et des filles, identifiant ainsi les obstacles auxquels elles sont confrontées. Ce manque de données a alors amené Joni Seager à repenser ses méthodes de travail. L’universitaire ne s’est pas adaptée à la donnée existante, car bien souvent elle n’existait pas, mais s’est tout d’abord posé la question de la forme. Les questions étaient les suivantes : comment cartographier la vie des femmes, et que dire ? Puis, l’équipe de travail de l’atlas a essayé, dans la mesure du possible, de trouver ces données ou de les produire.

Exemples de cartographies de The Women’s Atlas (https://myriadeditions.com/books/the-womens-atlas/#)]

L’élaboration des méthodes de visualisation a été centrale dans la réalisation de cet atlas. Le style graphique de l’ouvrage est épuré, et facile à lire, grâce à des statistiques et des cartes du monde présentées dans un format « infographique » coloré et pédagogique. Joni Seager précise cependant dans ses interviews sa volonté de toujours remettre en question ses supports de visualisation en interrogeant leur pertinence. L’exemple de sujet qu’elle donne est celui de la beauté, plus particulièrement le rôle de la beauté dans la vie des femmes. Ce sujet d’actualité dans les luttes féministes a été traité de nombreuses fois dans plusieurs ouvrages. Cependant, comment cartographier les pressions exercées par les normes de beauté à l’échelle mondiale ? La solution a été ici de cartographier les substituts, les concours internationaux de beauté par exemple.

Extrait de l’Atlas des Femmes, cartographie de la participation aux concours internationaux de beauté

Ainsi, cet atlas propose une exploration de la condition des femmes dans le monde et la diversité de leurs expériences. Il présente à la fois les progrès qui ont été réalisés et les distances qui restent à parcourir, encourageant ainsi à lutter pour l’égalité homme-femme. L’utilisation d’illustrations, de graphiques et d’infographies simples et impactantes rendent sa lecture très agréable et accessible.

L’autrice prévient cependant le lecteur sur les biais apportés par ce genre d’ouvrage. Elle interroge par exemple la pertinence de l’échelle choisie : « la féministe que je suis est convaincue du bienfondé d’une perspective comparatiste et internationale pour enrichir théories et pratiques. Mais il ne faut pas se focaliser uniquement à l’échelon mondial, nécessairement généralisant […]. Les analogies observables à l’échelon mondial ne doivent pas occulter les différences induites par la couleur de peau, la classe sociale, l’âge, l’orientation sexuelle, la religion, la nationalité » (Joni Seager 2019).

Première et quatrième de couverture de l’Atlas des Femmes

Modérateurs : Thomas ANDRE et Corentin MARTINEZ

Sources :
Seager, J. (2019). Atlas des Femmes (5e éd.). Paris, France : Editions Robert Laffont.
Police, M. (2020). Joni Seager: «La préférence pour les garçons est universelle». Suisse : Le Temps. Consulté sur https://www.letemps.ch/societe/joni-seager-preference-garcons-universelle le 11/03/2020
D’Ignazio, C., Carter, I. (2020). 5 Questions on Data and Gender with Joni Seager. US : Medium. Consulté sur https://medium.com/data-feminism/5-questions-on-data-and-gender-with-joni-seager-5a1c43bedda1 le 11/03/2020

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