Surtout : Ne pas péter un câble ! A quoi ressemble le cyberespace sous-marin?

Par Cendrine HOARAU

Une cartographie interactive des câbles internet sous-marins

Sur cette carte, on dénombre pas moins de 436 câbles de fibre optique sous-marins en service dans le monde, qui parcourent en tout 1,3 million de kilomètres dans les fonds marins ! Telegeography, une entreprise américaine spécialisée dans les données de télécommunications, a créé cette carte interactive en 2014 et la met à jour en continu depuis.

Cette cartographie s’appuie sur un fond de carte Google avec une projection Mercator afin de pouvoir espacer et distinguer les câbles connectés dans les zones densément munies de « points », majoritaires dans l’hémisphère Nord, comme New York par exemple.

Elle a été réalisée grâce au plug-in MAPublisher d’Avenza, qui fonctionne avec Adobe Illustrator. Deux ensembles de données sont exportés sous forme de fichiers GeoJSON : les tracés des câbles et les points de connexion. Les fichiers GeoJSON sont ensuite affichés dans l’application web avec l’API Javascript de Google Maps. Telegeography met même à disposition sur sa page GitHub, le code qui a permis de créer la carte et les données brutes en téléchargement libre (licence Creative Commons Share alike) !

Cette carte est une véritable mine d’or pour qui veut connaître par où passe la data. Lorsque l’on clique sur un câble, on a accès à tout un panel d’informations : son nom, sa date de mise en service, sa longueur, ses propriétaires (entreprises), son fournisseur, le nom de domaine officiel du câble ainsi que ses points de départ et d’arrivée. Cependant, on ne dispose pas des capacités du câble ni de leur réelle implantation ! En effet, les tracés ont été stylisés, et leur localisation précise n’est pas aussi facilement accessible !

Figure 1: Carte générale des grandes communications télégraphiques du monde dressée d’après des documents officiels par le Bureau International des Administrations Télégraphiques. Berne 1901/03. 2e. tirage. Dessinée et gravée par C. v. Hoven
Figure 1: Carte générale des grandes communications télégraphiques du monde dressée d’après des documents officiels par le Bureau International des Administrations Télégraphiques. Berne 1901/03. 2e. tirage. Dessinée et gravée par C. v. Hoven

Déjà à l’époque du télégraphe (ancêtre du téléphone), les câbles sous-marins ont été tirés entre les continents afin de faciliter les communications (voir Figure 1). Aujourd’hui les câbles de fibre optique suivent le même itinéraire que ceux du télégraphe !

On remarque que tous les pays disposant d’une côte sont connectés à des câbles internet sous-marins. La grande majorité d’entre eux est même connectée à plusieurs câbles afin de garantir une connectivité fiable en cas d’endommagement. Alors qu’un réseau dense de câbles relie les continents entre eux, pourquoi n’y a-t-il pas de câble entre l’Australie et l’Amérique du Sud, même en 2021 ? Henri David Thoreau y répondait déjà :« Nous sommes très pressés de construire un télégraphe magnétique du Maine au Texas ; mais il se peut que le Maine et le Texas n’aient rien d’important à communiquer… ». Ainsi, les câbles internet sous-marins sont construits entre des lieux qui ont un intérêt à communiquer de manière directe. L’Europe, l’Asie et l’Amérique latine ont toutes de grandes quantités de données à envoyer et à recevoir depuis l’Amérique du Nord. Il s’agit notamment des liaisons entre les opérateurs internet et les fournisseurs de données, qui doivent eux-mêmes relier leurs datacenter les uns aux autres. À l’inverse, il n’y a pas beaucoup de données qui doivent circuler directement entre l’Australie et l’Amérique du Sud. Si cette situation venait à changer, vous pouvez être sûr que quelqu’un construirait un nouveau câble dans le Pacifique Sud !

À qui appartiennent ces câbles ?

 Les câbles appartenaient traditionnellement aux opérateurs de télécommunications qui formaient un consortium pour utiliser les câbles sous-marins. À la fin des années 1990, un afflux d’entreprises ont construit de nombreux câbles privés et vendu des parts de débit aux opérateurs. L’un des plus grands changements de ces dernières années concerne le type d’entreprises impliquées dans la construction de ces câbles. Les fournisseurs de contenu tels que Google, Facebook, Microsoft et Amazon sont les investisseurs majeurs des nouveaux câbles.

Figure 2: Câbles sous-marins appartenant aux géants à Facebook, Google et Microsoft, The Economist, 2017
Figure 2: Câbles sous-marins appartenant aux géants à Facebook, Google et Microsoft, The Economist, 2017

Quelle quantité d’informations un câble peut-il transporter ?

Les capacités des câbles varient beaucoup. En général, les câbles les plus récents sont capables de transporter plus de données que les câbles posés il y a 15 ans. Par exemple, le câble MAREA (voir Figure 2), posé en 2018 est capable de transporter 224 Tbps (terabit par seconde), soit 224 000 Go par secondes !

Pourquoi les entreprises n’utilisent-elles pas plutôt les satellites pour communiquer ?

Les satellites permettent d’atteindre des zones qui ne sont pas encore câblées en fibre optique.  Cependant, les câbles peuvent transporter beaucoup plus de données à un coût bien moindre que les satellites. Actuellement, 99,8% du trafic internet intercontinental transite via ces câbles sous-marins !

Ces câbles ne se cassent jamais ?

Si ! Les ruptures de câbles sont fréquentes. En moyenne, il y en a plus de 100 par an. Vous entendez rarement parler de ces pannes car la plupart des entreprises qui utilisent des câbles adoptent une approche de « sécurité par le nombre », répartissant la capacité de leurs réseaux sur plusieurs câbles de sorte que si l’un d’eux rompt, leur réseau fonctionnera sans problème sur d’autres câbles pendant que le service sera rétabli sur le câble endommagé.

Qu’arrive-t-il aux câbles lorsqu’ils sont vieux et éteints ?

Les câbles sont conçus pour une durée de vie minimale de 25 ans (voir vidéo). Ils peuvent rester opérationnels plus de 25 ans, mais ils sont souvent retirés plus tôt parce qu’ils sont économiquement obsolètes. Ils ne peuvent tout simplement pas fournir autant de débit que les câbles plus récents à un coût comparable, et sont donc trop chers pour être maintenus en service.Lorsqu’un câble est retiré, il peut rester inactif au fond de l’océan. De plus en plus, des entreprises obtiennent les droits sur les câbles, les remontent et les récupèrent pour en faire des matières premières. Dans certains cas, les câbles retirés sont repositionnés sur d’autres routes sous-marines. Pour ce faire, des navires récupèrent les câbles retirés et les posent à nouveau sur un nouveau trajet. Ceci peut parfois être une méthode rentable pour les pays ayant de faibles besoins en capacité et des budgets limités.

Sources :

1. (INTER)+(NET)+(S), invisible design of shifting territories. Lucas Dubois (2019). https://5c9e109b86894100088df36c–internets.netlify.app/?fbclid=IwAR1z76W4KAnIsThglxZ6_jezTtimQ3fRcReioNcapoYYPlORG1sFbOkIJh0.

2. Telegeography |Submarine Cable Map. (2022).

3. Submarine Cable Map. https://www.submarinecablemap.com/.

4. Tech companies are laying their own undersea cables. The Economist (2017). https://www.economist.com/graphic-detail/2017/10/09/tech-companies-are-laying-their-own-undersea-cables

Modérateurs : Rayan MAJERI et Pierre JACQUEMOND

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