De la carte à l’œuvre d’art : The Histomap of Evolution, par John B. Sparks

Par Thomas GUY

Imaginez : une carte qui représenterait l’évolution du monde depuis sa création jusqu’à aujourd’hui. Voilà un projet qui relève de la gageure ! Et pourtant c’est ce qu’a tenté de réaliser l’historien américain John B. Sparks en 1932 avec son Histomap Of Evolution. Cette réalisation, que nous baptisons histocarte en français, retrace donc l’évolution du monde, déclinés en trois objets : la Terre, la Vie et l’Humanité. Rien que ça.

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Ce travail de Parks est en réalité la suite directe d’une première histocarte publiée en 1931 par l’éditeur Rand McNally (figure 2). Dans celle-ci, Parks s’intéressent uniquement aux civilisations et « seulement » sur 2000 ans d’Histoire.

Figure 2: Extrait de l’histomap de 1931

En ce qui concerne les influences, il y a fort à penser que Sparks se soit inspiré du Tableau de l’histoire Universelle, créé par Eugène Pick en 1858, visible ci-dessous (figure 3), qui comprend en sus des illustrations.

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Figure 3: Tableau de l’histoire universelle, par Eugène Pick. 1848

Sur les histocartes de Parks, nous avons sur un axe vertical les dates tandis que sur un axe horizontal, il n’y a pas d’informations précises. La variation – l’épaisseur – des objets indique leur importance à un instant donné. Le cadre vertical est, lui, toujours le même ; il a des limites fixes. Cela sous-entend une vision du monde presque « Lavoisienne[1] » puisque la somme de l’histoire du monde est toujours la même[2]. Si l’on se place dans une approche quantitative, cela est impossible : la population mondiale a constamment augmenté, les richesses produites également. Mais si l’on se place dans une approche relative où tout est calculé et montré en pourcentage alors la représentation est cohérente. On peut imaginer que Parks a choisi la seconde pour son histocarte.

Cependant, reste une seconde difficulté de compréhension et de lecture : l’histomap mélange des objets ayant, a priori, peu ou pas de rapport les uns avec les autres : les populations selon leurs nationalités côtoient les évolutions des animaux et des bactéries.

Pour calculer l’importance d’un objet à un instant t, Sparks ne dévoile pas sa ou ses techniques. Il est d’ailleurs impossible de connaître l’ensemble des sources utilisées, et on peut imaginer que la carte comporte, dans le meilleur des cas, un certain nombre d’approximations, et dans le pire des cas carrément des erreurs. Un exemple assez éloquent se trouve à la fin de la carte : les Américains sont représentés comme s’ils étaient trois fois supérieurs aux Chinois alors qu’en 1900, la population américaine était de 76 millions d’habitants contre 415 millions pour les habitants de l’Empire du Milieu.

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Figure 4: Extrait situé à la fin de l’histomap

Qu’est-ce qui est donc pris en compte dans le calcul de cette épaisseur ? La population ? Incontestablement, non. L’influence ? La richesse ? La culture ? L’histomap comporte également énormément de textes, qui expliquent et documentent les différents objets. A n’en pas douter, des éléments de réponses se trouve en lisant ces lignes (et entre ces lignes).

Nonobstant cette vision partiale et des données certainement « approximatives », cette carte peut, selon moi, être regardée comme une œuvre d’art. Cette œuvre symbolise la vision d’un homme sur le monde, dans une représentation innovante avec qui plus est une recherche esthétique évidente. Ce sont là, d’après moi, les caractéristiques substantielles à toute œuvre d’art.

L’aspect esthétique m’a particulièrement touché : les courbes et les couleurs de l’histomap créent une harmonie visuelle remarquable. Lorsque l’on prend un peu de distance, nous pourrions presque nous croire devant un tableau d’Edward Munch ou de Van Gogh.

Ce choix de « carte » reflète mon intérêt et ma passion pour la cartographie, ou plus précisément pour l’observation et l’exploration de la représentation de l’information. Ici, la véracité de l’information m’intéresse moins que sa forme ; l’âge de la carte nous obligeant quoiqu’il arrive à une certaine distance critique. C’est une lapalissade mais le monde en 1932 était différent de celui d’aujourd’hui. Cette histomap en est le reflet, un témoignage de son époque. Dans un cas comme celui de l’histomap de John Sparks, le projet est tellement large et la quantité d’informations est telle que les lectures et les conclusions sont quasi infinies. C’est ce qui en fait un objet captivant et fascinant.

D’autres cartes fascinantes sont disponibles sur le site de David Rumsey que je vous invite à aller découvrir.

[1] Référence à Antoine Lavoisier, auteur de la maxime célèbre : Rien ne se perd, rien ne se créer, tout se transforme.

[2] On peut également parler de jeu à somme nulle : Un jeu de somme nulle est un jeu où la somme des gains de tous les joueurs est égale à 0. Cela signifie donc que le gain de l’un constitue obligatoirement une perte pour l’autre.

Modérateurs : Julien POINT et Romane BERNACHON-MARTIN

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