La cartographie de la Corée du Nord sur OpenStreetMap

Par Jérémy Kalsron

La Corée du Nord est un état totalitaire et hermétique. Il est difficile de faire entrer ou sortir des informations. Pourtant sa cartographie sur OpenStreetMap (OSM) est étonnamment complète. Cela amène donc à se demander qui sont les contributeurs et quelles sont leurs motivations. Le chercheur Wonyoung So, spécialiste en visualisation des données, a tenté de répondre à ces questions dans une analyse accessible sous la forme d’une story map. L’enquête a été réalisée à la fois en se basant sur OSM, mais aussi en contactant les contributeurs.

Ainsi, la première partie s’intéresse tout d’abord aux informations factuelles accessibles depuis la base de données d’OpenStreetMap, aucune autre interaction n’est disponible qu’un déroulé classique d’une story map. Cette dernière présente notamment l’évolution de la cartographie du pays entre fin-2007 et fin-2018. Puis, elle passe d’un point d’intérêt à l’autre dont le détail (par exemple un restaurant italien à Pyongyang) pose question sur les méthodes de cartographie utilisées par les contributeurs. En outre, un diagramme de distribution des contributeurs nous apprend que 62% d’entre eux ont ajouté des toponymes.

Figure 1. Exemple de POI sur Pyongyang illustrant l’emplacement de la maison de Kim Il-sung, premier dirigeant de la Corée du Nord, détail inaccessible par photo-interprétation.

La seconde partie est plus interactive et riche en informations : elle présente 211 réponses à une lettre envoyée aux contributeurs pour connaître leurs motivations. Les réponses sont triées par nombre de contributions, et catégorisées selon les raisons de la contribution, les moyens utilisés et une thématique commune à plusieurs textes. Chaque catégorie est (dés)activable pour mettre en évidence les réponses concernées. On peut cliquer sur chaque texte pour le lire mais également avoir un aperçu de plusieurs contributions de l’utilisateur. On remarque alors que les motivations sont diverses, de la volonté d’aider dans un futur proche à l’évasion de nord-coréens au passe-temps. D’autres contributeurs évoquent des raisons plus intimes. En Figure 2, le premier contributeur, d’origine allemande, fait un lien entre la division de la Corée et celle de l’Allemagne. Le moyen de cartographie principalement utilisé est sans surprise l’orthophotographie. Toutefois, plusieurs contributeurs ont également visité la Corée du Nord et ont contribué soit au retour de leur voyage avec leurs souvenirs, soit à l’aide d’applications utilisables hors-ligne directement sur site.

Figure 2. Réponse d’un contributeur allemand et catégorisation du texte.

À travers cet exemple, on peut voir que l’information géographique volontaire peut attirer des profils variés. Cette story map permet de mieux appréhender les motivations des contributeurs à participer à la cartographie d’une zone si particulière, qu’il serait intéressant de comparer à celle d’états fantômes comme la Transnistrie. L’évolution spectaculaire de la carte sur dix ans et la quantité de détails aujourd’hui accessibles montre la puissance du crowdsourcing.

Sources :
https://cartographers-nk.wonyoung.so/
https://www.numerama.com/politique/550269-qui-sont-ces-internautes-qui-cartographient-la-coree-du-nord-sur-openstreetmap.html

Modérateurs : Benoît Blanc et Flavie Blard

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